fr Copyright 2017Claude Meunier, tous droits réservés. Claude Meunier / carnets / notations et relevés http://www.claude-meunier.com <![CDATA[protopopov]]>
J’ai du mal à me rendormir, agité par cette histoire d’oignons anglais quand, un peu plus tard, à peine calmé, je vois dans un nouveau rêve un nom russe, bien écrit là encore, et prononcé à plusieurs reprises. J’entends : ‘Protopopoff, qui c’est, qui c’est, qui c’est Protopopoff ?’ Je me relève pour noter ce nom, retour à mon carnet de la bibliothèque, craignant d’oublier et, là encore j’hésite (off ou ov ?), et finis par écrire ‘ov’ à la fin, popoff me semblant ridicule et caricatural. Plus grave, je ne sais trop si je n’ai pas entendu, et lu : ‘c’est Protopopov qui sait...’ Ou encore : ‘c’est Protopopov, qui sait...’ L’incertitude me tracasse, d’autant que je ne connais pas de Protopopov ; je me demande quand même s’il ne sort pas de Tchékhov et fouille dans mes souvenirs de lecture (Dostoievski...Babel...) mais n’y trouve rien de semblable. Si c’est Protopopov qui sait, faudrait que je lui demande...Je monte alors dans mon bureau, m’installe à ma machine pour chercher qui est ce Prototruc. Il apparait vite que ce n’est personne, que c’est à peine un ministre syphilitique de Nicolas II, son dernier ministre de l’Intérieur, protégé de la tsarine. La lecture de la notice historique, ennuyeuse, me prend un moment et m’abrutit à point (et rien dans le Grand Larousse du XIXe) ; je me recouche en me disant que son nom sort peut-être d’une révision scolaire très ancienne, quand il fallait tout savoir de la révolution russe.

Je ne savais pas qui est Protopopov, qui est resté depuis lors un personnage rêvé, dans un genre de rêve que je commence à connaître, qui parlent, qui scandent un texte précis et bien articulé, des vers, des sentences et même parfois des affiches à forts caractères, des slogans, des rêves écrits.

Mais, un soir que j’assistais au théâtre de Valence à d’étranges Trois Soeurs, Protopopov a reparu de la même façon, écrit sur un fond de nuit. La pièce de Tchékhov était en russe, jouée par des acteurs dans la langue des signes ; l’étrangeté venait de ce théâtre sans parole, pas un mot sur scène, des gestes à la place des dialogues, et un écran qui surlignait le tout où il fallait porter le regard pour comprendre. D’ordinaire, ce genre d’écran sert à traduire la langue originale, mais là, c’était comme un accompagnement littéral où Protopopov est apparu, pas dans la bouche de Natacha, la jeune femme un peu vulgaire qui prend peu à peu la direction de la maison Prozorov, pas dans sa bouche muette mais sur l’écran, là-haut dans les cintres, en fortes lettres lumineuses. D’un coup je retrouvai le silence des rêves familiers, les mots écrits, comme arrachés à l’arrière plan du fond de scène dans une manière de découper mon petit poème, de le détacher de l’histoire qui l’a fait émerger. Protopopov n’est jamais présent dans les Trois soeurs, on ne sait pas à quoi il ressemble, on parle de lui, il attend dehors ; on comprend que c’est l’amant de Natacha, un homme des nouveaux pouvoirs de la nouvelle Russie, une menace qui pèse sur la famille des trois sœurs, un notable qui va prendre la province en main. Protopopov est le nom du temps neuf, qui, pour Tchekhov, est toujours menaçant.
Qui c’est, Protopopov ? me demandait mon rêve. Eh bien l’écran des Trois soeurs me forçait à l’enquête souvenante : Protopopov, c’était lui, un fantôme qui me rappelait quelqu’un, à l’arrière plan du théâtre de Tchékhov, dans l’ombre de coulisses inquiétantes.
J’en ai vu, des trois sœurs, de toute sorte, et des mouettes, encore une l’année dernière à Valence, et des cerisaies, des vanias ; ça m’a pris autour de mes vingt ans, avec Olivier qui jouait Trofimov, avec ses amies comédiennes qui gardaient toutes un air des Irina ou des Macha qu’elles venaient d’incarner. J’avais vu à Avignon un bout-à-bout de textes où un acteur que j’aimais, Roland Amstuzt, bedonnant, bien habillé, disait en soupirant : ‘on dit que je me suis ruiné en bonbons.’ Ruiné en bonbons…j’en avais fait une devise, dans les coulisses de ce théâtre russe où Olivier m’avait amené ; j’aimais la paresse de ces hommes couchés et le temps qui leur passe dessus, leur chagrin sans larmes. On avait compris, on se moquait de cet à-quoi-bonnisme qu’on commençait à bien connaître et qui ne nous mènerait nulle part, où nous nous laisserions sans doute aller.
Olivier me disait parfois, quand on parlait de son théâtre, de mes lectures, il me disait : ‘…c’est drôle, que tu lises du théâtre, que tu lises du Tchékhov.
Lire Protopopov…alors c’est peut-être ça, je peux maintenant avancer une explication protopopovienne à mon rêve de l’autre semaine : j’avais lu ce nom souvent, Protopopov, ça me disait quelque chose, ça me rappelait quelqu’un, mais qui, mais qui ? Ça me disait que j’étais jeune, que je lisais sans doute trop légèrement, et que j’aurais dû me méfier un peu plus. J’avais lu son nom dans mes livres, j’avais entendu son nom autour d’Olivier, et puis, longtemps après, j’avais relu ce drôle de nom, sur le grand écran qui surlignait les Trois soeurs : c’était la même apparition : tu l’as déjà lu, Proto, tu l’as déjà vu, tu le connais, proto, il faut s’en méfier, proto, ne le laisse plus dans l’ombre ; tu sais bien qu’il y a les faibles, nos machas, nos platonov, et qu’il y a contre elles, agissant contre elles, il y a des proto, tous les proto, les forts, les premiers, tous les protopopovs de la coulisse, de la nuit, du monde.


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<![CDATA[Perec règle son compte à Céline]]> 'Lourdes-et-lentes' est une des rimes romanesques de La vie, dont Perec a tenu à signaler l'importance dès le début du livre : " Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d'une manière un peu lourde et lente..."
Or, l'accord 'lourde-et-lente', règle aussi l'incipit de Mort à crédit, de Céline : " Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste...Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre."
Après avoir rappelé que Perec, dans son début, ramasse d'un même coup virtuose l'incipit du Voyage au bout de la nuit ( "Ça a débuté comme ça") faisons donc l'hypothèse que
le sordide, l'ennui et le morbide qui suinte de la description de Perec vise Céline, sans le nommer, et que
le 'monomane gâteux' est une adresse de chambre à chambre (de chambre à chambrée) à Louis-Ferdinand dont les histoires sont donc 'feintes' et 'misérables' les pièges stylistiques.
Perec règle, en passant, son compte à Céline.
'Feintes', maintenant. Pourquoi ces 'histoires feintes', dans l'attaque de Perec ? Ça renvoie ici encore au Voyage, à son préambule, où l'on peut lire, à propos du roman ('voyage imaginaire') : 'C'est un roman, rien qu'une histoire fictive, Littré le dit, qui ne se trompe jamais.' Littré ? Vraiment ? Perec est donc allé y vérifier, dans le Littré, qui, à la définition de Roman, parle en effet de 'narration vraie ou feinte'. Céline, vieux brigand du style, nous avait servi du Littré comme un argument d'autorité, mais, truqueur et rusé, menteur comme à son habitude, il l'avait fait de travers, passé de 'feintes', dans  le Littré, à 'fictives', dans son préambule à quoi il a donné la forme d'un 'art poétique'. T'es pas sérieux, Céline, semble dire Perec (il le tutoie), vieux gâteux, t'es qu'un trafiquant de la fiction et du mensonge romancé, un 'misérable', un lourdaud.
On voit que 'monomane' c'est pas mal, que ça lui va bien, au vieux Céline qui radote. Qui n'a fait depuis le début, que radoter : début du Voyage (au bout de la nuit): 'Ça a débuté comme ça', ça-ça : annonement, chevrotement tautologique et raccourci vériste (de ça à ça : au plus court, n'est ce pas, sur le chemin de la vérité romanesque). De ça à ça, sans rien entre les deux, sans histoire et sans sujet, c'est comme j'vous l'dis : l'entrée en matière de Céline est contondante, dangereuse, comme une charge creuse : ça va exploser, ça va faire mal. Perec peut bien protester : ça fait mal.
Dans les affaires d'art et d'artistes, de style, on veut de la lucidité, et pas de l'aveuglement. Là-dessus encore, tout oppose Perec et Céline :
-Céline, toujours dans le préambule du Voyage au bout de la nuit : 'Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux' ;
-Perec, dans l'épigraphe de la Vie mode d'emploi, place pour place, cite le Michel Strogoff de Jules verne : 'Regarde, de tous tes yeux regarde'.
Hypothèse donc : Perec, qui se garde bien d'un essai critique, fait d'emblée de Céline son adversaire littéraire. C'est très perceptible dans les quelques sévères allusions relevées ici.

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<![CDATA[l'aisance d'un inconscient (écrire avec ses pieds1)]]> la métaphore. Là encore, ça marche mal, côté témoignage et ce qu’il en reste, de nos promenades, ça flotte, c’est gazeux, ça déçoit : la description, le compte rendu, c’est toujours un échec. On a remarqué qu’en ville les enfants, sans doute pour ne pas trop se décevoir et pour ne rien avoir à noter de leur déplacement, les enfants ne marchent pas, ne s’attardent pas, ne flottent pas. Ils courent ; on dira donc qu’ils tracent, qu’ils se tirent, eux aussi, qu’ils se tirent le portrait, peut-être, à grand coup de grandes enjambées (font feu des deux fusains).
J’en étais là de ma préambulation rhétorique quand j’ai mis le pied dedans,
floc,
des deux pieds.
C’est qu’un plaisantin avait vidé un seau de peinture dans le caniveau et, comme par principe je regardais en l’air, conforme au type du traîne savate, j’ai
floc
pataugé dans la flaque pâteuse à pleine tatane, en descendant du trottoir.
Je baissai alors les yeux vers mes chaussures maculées de blanc (c’était il m’en souvient derrière Marx Dormoy, près d’un chemin de fer, dans le XVIIIe, en redescendant vers la rue Ruelle, qui est une ruelle (tiens donc, rareté parisienne)) : tropignage précautionneux, encollement visqueux, effet d’adhésion au bitume et à la peinture, tentative d’arrachement et conclusion rapide (par rapprochement des situations, sans doute ) :
la peinture, décidément
c’est de la merde. La preuve. (La critique, quand elle est ainsi surprise, réduit parfois ses arguments à ce genre de brutalité et de copr
oraison,
ça ne lui donne pas
raison)
Et j’étais pas le seul : tout autour : de la peinture, des empreintes, des traces de pas, des semelles disposées en grand désordre, une foule en somme qui avait tenté d’échapper au piège de l’artiste, des traces de fuite, la plupart remontant sur le trottoir et s’éloignant vers le boulevard où les marques blanches s’estompaient.
Voyez l’tableau : le flâneur était enfin consolé de sa tristesse initiale : il s’était bien passé quelque chose dans cette Ruelle, et des traces il y en avait, jusque sur le bout de ses pompes ruinées. Ergo glu capiuntur aves, comme on dit pour se moquer, il avait mis le pied dans la peinture (de plain pied dans la peinture, la position critique est rare, autant profiter de la facilité) et il s’était immobilisé, vaguement méditatif et râleur, englué dans un peu d’art (et comment allait il s’en sortir ?) Il en concluait que
les peintres sont des malpropres, tous, des souillons par vocation, des sagouins, tous soumis à la tentation de barbouiller, de saloper l’travail, d’en foutre partout. De peindre à la taloche.
J’étais la victime d’une blague de peintre astucieux, un truc de rapin.
Ce qui me consolait, c’était le résultat. J’avais un résultat, un tableau à mes pieds, un truc immédiat, tout fait tout frais, enfin un résultat floc
à mes flottantes balades, c’était déjà ça. Y’avait là un effet de matériaux, n’est ce pas, indéniable, une trace de mon passage dans la peinture de mon siècle, dans les balades de ma ville. Rien qui vaille le sacrifice de mes pompes, faut rien exagérer, mais tout de même, je prenais place dans la peinture de mon temps, on pouvait pas dire le contraire. Pour tout dire j’y piétinais même encore un peu, dans la peinture de mon temps et moi aussi, j’étendais mon empreinte aux alentours : en m’éloignant, j’agrandissais l’tableau, mon grand tableau involontaire. L’asphalte s’en couvrait, de mon art pédibulaire et vaguement réaliste. Ça devenait amusant.
Mais l’art n’est jamais une consolation, jamais, manquerait plus que ça. Et moi, mes pompes, j’insiste, étaient durablement gâchées. D’autant que le résultat, disons graphique, était décevant, il faut bien le dire, rien de bien dessiné, pas de la belle trace de basquette, nette et bien composée, bien estampée, non, moi, c’était un sale paquet blanc,
de la bonne pointure, certes, mais paquet quand même, aux formes indistinctes, et bavantes sur les bords, pas très soigné soigné. Le hasard et ses compositions avait mal fait les choses, c’était moche, je m’en rendais bien compte, mon art-tatane,
ma peinture de flâneur.
Me restait qu’à filer
(la métaphore.
Ce que je fais, j’en profite)
à tracer
mon chemin vers la venelle
la rue
Ruelle,
déçu
par ce débu,
l’débu
dla poésu.
On peut aussi penser que ces dépôts malpropres sont le fait de peintres en bâtiment, d’artisans qui, à la fin de leur chantier, déversent leur trop plein de peinture dans le caniveau, le fond du seau, un résidu, un pis aller. La question est alors celle de l'art prolétaire aux raisons opposées à celles de mes sagouins blagueurs, réalisme (filiation des racleurs de parquets) contre fumism (boronalistes de rencontre). A moins d’une synthèse où mes artistes spontanéistes mimeraient un monde du travail (plein pot) dans une perspective de ‘chantier’, ça serait pas la première fois : l’artiste déstockant l’atelier du prolo...
Bon, on n’a pas fini d’en discuter...
(moi, je n’y crois pas, au réalisme, c’est comme ça, surtout en matière de ville et de promenade. Le réalisme magique, à la rigueur, le farguisme de la flânerie, la déambulation que la fatigue pousse à l’hallucination et aux mystères. Moi, je crois que la ville est composée, toujours, arrangée, intentionnelle. Sourde, cachée, cryptée, mais intentionnelle, poétique, composée.) Le type qui a déversé là sa peinture, il savait ce qu’il faisait, pas de doute, imposant sa contrainte :
peindre avec nos pieds.
Nous imposait sa contrainte, sans nous obliger à un itinéraire, à une composition. Vous me voyez venir : contrainte, et liberté, c’était bien dla
poésu
comme on a vu,
la poésu
du soldat Brû
de RQ.
Je cite : ‘Le soldat Brû, qui en général ne pensait à rien mais quand il le faisait de préférence à la bataille d’Iéna, le soldat Brû se déplaçait avec l’aisance d’un inconscient’. C’est au commencement du Dimanche de la vie, roman de la vacance et des déplacements libres (entre autre). Roman de flottements et d’itinéraires, nous y revoilu,
au vieux Raymond Quenu
ergo glu,
et on reprend au débu.
(avec l’aisance des inconscients.)

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<![CDATA[l'art po des filets de rougets]]> L’autre soir, en levant les filets de deux petits rougets,
couteau long-fin-souple-tranchant, paume de la main très à plat, desarrêtage soigneux,
je me suis dit, très distinctement
(je m’entends encore) :
‘tu es un homme de temps maigre.’
(Très distinctement.)
Stupeur de l’apostrophé.
‘Claude, repris-je, rendu songeur, fauttifaire, tu es un homme du temps desarrêté’.
A l’examen, j’ai trouvé ça très juste, et sans me vanter, bien trouvé, bien dit, suffisamment net en tous cas pour garder la sentence en mémoire et pour revenir l’esprit tranquille à mes précautions de découpage.
Bien dit, poursuivis-je en essuyant sur mon tablier de poète mon fin couteau métaphorique et
bien dit : tu es arrivé à l’arrête du temps, à ce qui reste, ce qui apparaît : mené par notre gourmandise et conduit par notre habilité- tekné, ahlalala, nous sommes des artistes- on a levé les filets et voilà le poisson, voilà l’travail, voilà l’arrête, ichtyocolle et gélatine mises à part, filets écartés.
Bien dit, Claude, bien travaillé,
personne ne revient, rien ni personne, y’a plus qu’l’art, y’a plus qu’l’arrête, ahlalalalarrête.’
Je me disais encore : ‘tiens c’est vrai : c’est irrémédiable, one way fishbone et tout au contraire, il convient d’inverser la perpective histoirique : il y eut d’abord l’arrête, l’arrête qui nage dans l’onde primitive et puis les filets s’agglomèrent sur cet harmonieux squelette nageant de petits éléments fibreux et bien disposés se mettent, qui finissent par faire le tout du poisson ami du pêcheur, la chair, le filet. Voyez le dispositif : les poissons naissent comme ça, sous forme d’arrête, c’est leur être profond, leur être de rouget, et puis et puis les filets de l’expérience viennent se fixer là dessus, fil du temps, fil de l’eau, le filet de poisson...
A la fin, parousie de mes rougets, avènement glorieux de l’arrête rosâtre, fin des temps : les morts-à ce moment, j’ai pensé à ma mère, hi mamma, écoute bien, mamma, écoute la théologie de l’arrête (elle, la mamma, elle dirait : ah ben ça alors, je savais pas que mon fils, il savait lever des filets de rouget...) ne reviennent pas, leur chair engloutie s’est dissoute, rien ni personne, poussière, néant. On les rehausse d’un peu de citron, on savoure, et puis plus rien, plus rien ni personne, et pas ma mère, hi mamma.
On fait maigre.
(voyez l’genre : l’artiste qui fait maigre. Claude, tu fais maigre, et tu fais bien. C’est l’artpo, encore l’artpo, l’artpo de l’arrête des petits rougets)(arrête, c’est fini :)
Mais ça n‘empêche, le temps d’arrêt est aussi le temps du style, on n’en fait pas l’économie, du style, jamais. Et par exemple, la tempura de Daurade du restaurant japonais de la rue Greneta, que je mets en photo ici : frites, les arrêtes se recroquevillent jusqu’à former une corbeille dorée et rissolée, impeccablement pratique, contenant contenu, design pour tout dire, stylée, vous voyez bien...

c’est le temps maigre, enfin
le temps mon temps maigre
de la pensée maigre
méagre meager maigre,
un temps de cantine du vendredi maigre
(toujours dans mes divagations, j’en reviens à ce temps du lycée, d’une manière attendrie ou d’une autre plus inquiète : pour ces histoire de filet de poisson en tous cas, me revoilà le vendredi à la cantine de Jacques Decour, temps de maigreur panée, temps étriqué. Et puis ça passe.

Mais attention le temps maigre est un temps de vigile
échiné le temps de fond de gosier le temps de l’arrête qui coince
attentifs et méticuleux à ce que rien ne manque aux squelettes -hi mamma-
une affaire de style maigre, d’arrêtes apparues, révélées,
l’art po maigre l’art po maigre l’art po maigre

Abstinence : filets et bon manger une fois écartés, viande dissoute -la carne!-
il te faut, claude, lever les filets du bon poisson
du monstre blanc pour que te reste le temps maigre
du temps arrêté l’homme du temps qui reste
le temps de l’harpon du long couteau du fin couteau
me reste après tout ça la figure hérissée et simple
du filet-la-vie desarrêtée


voilà à quoi je pensais, en levant les filets de deux petits rougets, l’autre soir, hi mamma.

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http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-160/l-art-po-des-filets-de-rougets.html Tue, 25 Nov 2014 16:35:30 GMT
<![CDATA[patride]]> A-patride, définition connue, d'où l'on tire n-apatride, napatride : qui n'est pas sans patrie (une ou plusieurs...)
Ital : a-polide : apatride. D'où napolide : ceux et celles de Naples ne sont pas sans patrie [leur ville les contient toutes (les villes, les patries...)]

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http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-156/patride.html Thu, 07 Aug 2014 15:01:08 GMT
<![CDATA[sans façon]]> merci           non        sans façon
en levant la main paume ouverte
d'un mouvement court   l'avant bras posé sur la table.
on comprenait qu'il ne se reservirait pas
non             sans façon     merci.
Sans exubérance, pas de grands gestes   non sans façon
pal genre de la maison

merci

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http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-148/sans-facon.html Sun, 20 Apr 2014 15:08:00 GMT
<![CDATA[les surréalistes et Monsieur Bergeret]]> Mais je ne produis cette note que pour avancer une hypothèse ; elle concerne les surréalistes quand ils conchient notr’Anatole, massacrant son cadavre littéraire et va pour le scandale. C’est le titre d’un de leur tract d’octobre 1924 : ‘Un cadavre’, tout juste après les obsèques nationales et très ‘grand homme’ de France, tract où Delteil (faible, pour le coup) et Drieu (plat, il ne changera pas) prêtent la main à Breton (à l’aise dans le pairedebaffisme tactique, sans plus) et Aragon (du style) pour flétrir la littérature en place. Hypothèse donc : les surréalistes n’étaient vraiment gênés que par monsieur Bergeret. C’est  le personnage qui les obstrue, plus que le gendelettre et voici pourquoi : Bergeret est un fantaisiste ; il est en avance d’un coup sur les héros naturalistes tout simplement parce que sa réalité est élargie au conte : il voit plus loin ; il croit aux fées ; il parle aux curés ; il se dandine (grâce pataude) vers les zones grises et humides de l’inconscient. Et il est retors dans l’exercice, savant précautionneux et dubitatif, plus subtil sur les affaires de religion que France, moins anti, en contact sensible avec des profondeurs dont les surréels comptaient bien surveiller les abords, et contrôler les accès. Bergeret, calme et ventripotent, subtil, les gênait. En matière d’infra-psychisme, il avait la main : ils ont flingué son auteur.
 

http://www.claude-meunier.com/carnets-0-8-147/les-surrealistes-et-Monsieur-Bergeret.html]]>
http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-147/les-surrealistes-et-Monsieur-Bergeret.html Mon, 03 Mar 2014 15:54:49 GMT
<![CDATA[séquence détaillée d'un rêve (nuit du 28 au 29 juin 2013) : la viande blanche]]>
http://www.claude-meunier.com/carnets-0-8-138/sequence-detaillee-d-un-reve-nuit-du-28-au-29-juin-2013-la-viande-blanche.html]]>
http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-138/sequence-detaillee-d-un-reve-nuit-du-28-au-29-juin-2013-la-viande-blanche.html Fri, 05 Jul 2013 11:05:56 GMT
<![CDATA[mes ongles rongés (anthologie)]]> depuis le sonnet n°2 des Regrets
depuis la fac et l’édition savante de Chamard :

quant à moy, je ne veulx, pour un vers allonger
(...)
frapper dessus ma table ou mes ongles ronger.

Alors depuis du Bellay, ça m’est très agréable,
de mes ongles ronger, moizossi
j’y vois comme une autorisation si l’on veut,

mes ongles faisant ainsi partie
de l’artpo
de l’art poétique comique satirique,

l’artpo du poète au travail
prosaïque autopo
rtrait et moqueur avec ça

de l’anxieux poète
frappant rongeant
trépignant satirisant.

Mais à bien rgarder me ronge les ongles
depuis plus longtemps encore
pour tout dire depuis les Satires de Perse,

Satire 1, 106 plus exactement
comme il est dit danl Chamard
où du Bellay a piquésatopique :

Ah jamais d’Apollon suivant les dures lois
l’auteur de pareils vers
ne se rongea les doigts :

nec pluteum caedit
nec demorsos
sapit ungues.

On voit quej suis
en bonne et longue compagnie
de poètes rongeurs aux doigts rougis ;

passque sronger on peul faire
en composant son poème
c'est ça qui est bien ;

on fait avecce qu'on a
sous la main
on sporte à la bouche,

se mettre à vif
(et en rire)
c'est dla satire.

En somme une manie
classique de l'être classique
un défaut anthologique.

Et mieux : Ô Horace, Ô mon collègue
rongeur, tout ça rmonte
à ses Satires à lui : X, vers 71 :

vivos et roderet ungues
traduit par se ronge
les ongles jusqu'au vif :

ce qui est bien : l'angoisse
blanche de la page blanche
se colore ainsi de rouge sang.

Mais très bien aussi
la traduction de Danielle
Carles, triviale et bonhomme :

il n'écrivait pas un vers
sans se gratter beaucoup la tête
et se ronger les ongles.

Tous ceux-là se payant
la fiole des zanxieux poètes
qui la ramènent

avec les difficiles difficultés
qui les rongent quand
ils zécrivent et poètent.

Même chose chez Boileau
Satire VII, vers 28 :
j’ai beau frotter mon front

j’ai beau mordre mes doigts.
Même inquiétude poétarde
donsfichent justement les poètes ;

onsronge tous un peu
mais toud même faut pas en faire
une histoire sanglante

au moment de coucher
sul papier nos tourments
nos rognures de poètes en train.

Et pour compléter tout à fait
cette anthonglogie je rappelle
l' onyx de ses ongles

de Mallarmé oui oui
c'est dans l'aboli bibelot
moins satiricieux mais tout aussi malicique.

On voit avec tout ça que jme ronge
les ongles depuis longtemps
et que j’ai pas fini.

Cette anthologie moqueuse
va donc durer toujours toujours durer
à me ronger les ongles jusqu’au vif ;

vais m’y faire m’y suis fait
et suis en bonne compagnie
de savants satiristes,

me console me dit
que ça fait partie
du métier de poète voilà tout.

Du Bellay Perse
Horace Boileau
Mallarmé et moi voila tout ;

j’en fais pas une histoire
tout juste un poème savantiforme
un poème facile facile chanson de mes ongles rongés.

http://www.claude-meunier.com/carnets-0-8-131/mes-ongles-ronges-anthologie.html]]>
http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-131/mes-ongles-ronges-anthologie.html Fri, 10 May 2013 10:31:10 GMT
<![CDATA['lune' et'...cula' par Paul Verlaine]]> A la manière de Paul Verlaine, la finesse et la sûreté qu'il y a fallu. Il s'agit de 16 vers, assemblés en quatre quatrains, sorte d'Art Poétique moqueur.
Le premier vers en est :
C'est à cause du clair de la lune.
Et le dernier :
Douloureux un peu m'inocula.

Je signale maintenant que, si l'on considère le majestueux enjambement du premier au dernier vers et le rapprochement formel que permet cette manoeuvre poétique, on obtient une astucieuse rime de sens (-uelle) entre 'lune' et '...cula'. Qu'on peut dorénavant ranger dans les coquineries verlainiennes.

http://www.claude-meunier.com/carnets-0-8-119/lune-et-cula-par-Paul-Verlaine.html]]>
http://www.claude-meunier.com/contenu-rss-0-8-119/lune-et-cula-par-Paul-Verlaine.html Mon, 11 Feb 2013 17:08:10 GMT