les cinoques

la cinoque aux gros sacs et aux grandes lunettes

Lundi 21 mai 2007, achat d’un sandwich à Denfert, avant de monter dans le bus 216 vers Rungis. Va pas, pas de repos depuis très tôt ce matin, à traîner, et le rendez-vous Grasset qui ne passe pas (s’apprêtent à refuser mon Queneau) . En longeant le bus, je jette un oeil à l’intérieur et j’aperçois une pile de sacs de voyages considérables, à hauteur d’homme, retenus ensemble par un cadenas et une chaîne, tout ça très furtif. Découragement, je dis, oh non… pas envie d’une désolation de plus. En effet : une vieille dame replète, coiffée d’un chapeau tricoté ( mauve ou marron) se tient près de ses sacs, près de la descente du bus. Elle parle fort au téléphone portable, en souriant. Assis, j’entends la conversation, cohérente, et même gentille. Je pensais que cet appel était factice, que cette dingue inventait, mais finalement…Rien ne se passe pendant le trajet, elle raccroche, mais poursuit sa conversation seule, sans discontinuer. Elle est vraiment piquée. Je descends avant elle, à Rungis : coup d’oeil : elle a mis d’immense lunettes de soleil qui lui couvrent le visage.

 

le cinoque chanteur

6 juin 2007, café au Baratin, avant analyse, terrasse et beau temps, 8 heures. Bruit, chanson, dans la rue Dumeril, qui fait le coin. Je sors de mon journal, me tourne la tête et me déhanche : un type descend la rue, bonnet tricoté, gilet de chasse, tee shirt. Noir, taille moyenne, élégant ; je le reconnais, déjà vu au même endroit, déjà cinoque. Visage très grêlé de grains de beauté. Il chante en tenant son poing fermé devant la bouche, mime un micro : à voix haute, belle voix : ” nommma nommaaaa nommaaa” (kinf of blues, mais ne reconnais pas la chanson) et traverse le Boulevard st Marcel, stoppe prudemment sur le terre plain central, chante encore et disparaît dans la rue Geoffroy Saint Hilaire

 

le cinoque qui dégrafe son pantalon

Mars 2008 (date précise illisible dans mes notes) midi et demi, dans le 67, en route vers les Martyrs, un homme petit, rondouillard, lunettes rondes, cheveux frisés très courts, très fort strabisme. Effet comique. Vers l’arrière du bus, il s’assoit en face de moi. Dispose soigneusement sa valise à champ sur le siège voisin. Essuie ses lunettes, et sourit largement. Il hoche la tête, et sourit largement ; ça dure un bon moment. A plusieurs reprises, et à fréquence régulière, tout au long de son trajet : large sourire, hochement de tête, tête penchée vers la fenêtre. Comme quelqu’un qui se raconte un bon souvenir, une conversation plaisante. Hors période : R.A.S et même posé, calme du visage. Courtes mains potelées, chevalière boudinante au petit doigt de la main droite. Je ne m’aperçois pas tout de suite de ce qui ne va pas : son sweat shirt marqué Canal + est très sale sur le devant, de la crasse comme un bavoir. Manches retroussées à mi-bras. Geste des myopes qui fatiguent : enlève ses lunettes et se passe la paume de la main sur les yeux, frottement. Pas grand chose, mais quand il se lève, de dos, on voit mieux son sweat shirt crasseux lui fait comme une ceinture. Descente à Rivoli. Je le suis du regard, au départ du bus : j’ai le temps de voir qu’il se dirige vers le banc de l’arrêt, qu’il se poste devant deux femmes qui attendent le bus, et très vite : geste de déboucler sa ceinture et d’ouvrir son pantalon. Je me déhanche pour saisir la suite : pas le temps.

 

les cinoques : répétition, hasard, promenades,

21 janvier 2009, temps froid, pluie glaciale. En route pour Wajcman, je remonte vers Jussieu, (annexe, dans le bas de la rue de la clef, (Paris Ve)). Casquette étanche, manteau de pluie, col relevé, je sais que je n’ai pas les pieds au sec pour très longtemps encore ; je ne traîne pas. Il est 18h.15. A deux cent mètres, sur le même trottoir, des cris, ça gueule. J’hésite, mais ne dévie pas (pluie etc…) et quand je le croise, un type, cheveux en brosse, sac à dos, cinquante ans, jean, blouson, chaussures de sport, un type hurle à la cantonnade : « je suis de la race celtique, et je t’enculeuhhh, sale puuute (bis)». Je note mentalement la situation, pas de calepin, c’est pas le moment ; je file.

Après Wajcman, en route vers le théâtre de la Bastille, pour retirer ma place ( Brecht de jeunesse, très bien finalement). Très en avance, j’y vais à pied, fort trajet, toujours aussi froid, mais moins de pluie : pont d’Austerlizt, Daumesnil (bas de la rue, arcades), Faidherbe, Roquette et enfin théâtre (19h.45). Je prends mon ticket et ressort pour dîner vite fait, avant la pièce . Rue de la Roquette ( Paris XIe), ça gueule, ça crie ; je ne change pas de trottoir (pressé de dîner etc…) et ça gueule encore : c’est la race celtique de tout à l’heure, le même cinoque, le celte blousonné de Jussieu, l’enculeureuur aux cheveux courts. Même voix forte et assurée, mais variante : « et moi je suis verseau, et je t’enculeuuhhhh, sale puuuute (bis)».

 

un cinoque : relevé 1 des graphitis de Francis

Francis traîne depuis longtemps à Chabeuil (Drôme), avec sa chienne. On le connaît bien, pas d’histoires, enfin pas trop. Quand ça ne va pas fort, il part pour l’institut du Valmont, à Montéléger, pas loin ; il s’y calme, s’y refait une santé, puis revient traîner à Chabeuil, avec sa chienne. Francis écrit beaucoup sur les murs du village ; il n’écrit pas mal, bonne orthographe, phrases bien faites, complètes, des idées, mais tout de même, à de petits riens, à de petits décalages, on comprend que ça ne tourne pas rond, dans la tête à Francis. Le plus souvent, il signe ses graphitis, ou les agrémente d’un symbole, toujours le même, un cercle à huit quartiers. Relevé :

Ce que je suis vous importe peu, alors pourquoi temps de temps perdu à vous imaginez que je sois fou ;

vous savez qui ? Qui quoi c’est ? Alors regardez vous en face, fils de p. ? (signé : Francis ) ;

seigneur maître en toute discipline/inégaler et inégalable/alors priez pour qu’il donne puissance et gloire aux malheureux/car sans lui rien est acquis d’avance/cela mérite d’être un de ses disciples je dis bien disciples/non des f(illisible) mais belles et bien du Seigneur des ARMÉES ;

se n’est certainement pas un garnement qui peut être incollable ( signé : Francis) ;

plus le métissage sera grand/+nous devrons faire confiance ;

il paraît qu’une seule batement/d’ail inconforme/équivaudrait à la destruction de la terre (inscription dans un cœur) :

Elizabet II australia (inscription autour d’un cercle/roue à huit rayons) ;

R.I.Peace (agrémentés d’un cœur, le tout au centre d’un panneau d’interdiction de stationner) ;

La paix devraie reigner des millénaire/mais combien de nous en serons capable (monogramme Francis) ;

Vous êtes la reine que j’attendez ; et miracle, vous vous présentez, sachez et déjà comptez sur ma voix (affiche politique, sur le front d’une candidate à la présidence de la République, mai 2007) ;

Ségolène, tu est sans doutes aucuns/la plus souveraine/des contrées et de plaines (sur une affichette politique, même candidate, même date que ci-dessus) ;

because hold are you/but im proct(illisible) you/BUT,YOU,ARE,MADEE. (monogramme Francis, cabine téléphonique) ;

ne suffit ils plus de frapper/pour que l’on vous ouvre/alors méfiez vous que « * » ne vous extermine pas ?. (et plus bas : * DIEU)

vous serez ce que j’ai acquis, mais gare à vous de ne pas vous brûler les ailes.