les cinoques

une cinoque dans le 67

Lundi 12 juin 2006, vers 11 heure, dans le 67, cette femme, déjà vue devant le music hall La Cigale où elle était assise à fumer méditativement. 50 60 ans, bonnet de très grosse laine fantaisie rouge, lunettes noires réfléchissantes, et irisées, dans les bleus. Mini robe de satin très serrée à la ceinture, des bagues à tous les doigts, dont une très grosse, couvertes de strass. Place Pigalle, le 67 me démarre devant le nez mais je pique des deux jusqu’au prochain arrêt où j’arrive largement avant lui. Elle est là ; elle descend à la suivante. La mini robe est très indécente, cuisses nues, sac à dos imposant ; et plusieurs sacs. Elle hésite à descendre, demande ” la porte”. Patience du chauffeur.

 

le cinoque au cigare et aux mocassins indiens

Lundi 12 juin 2006, six heure, sur le terre plein central, place Denfer, quand on file vers la gare et le départ du 216. Un drôle de type, blond, cheveux longs crépés, et une barbiche de mousquetaire ; il porte une espèce de chapeau blanc et un large sur-tout cache poussière, sans manche, échancré tout au long sur le côté, retenu par une ceinture de cuir. Il rallume un cigare imposant, un pied levé, posé sur un sac de voyage ; il est chaussé de mocassins de type indien à très grosses coutures, trop grands pour lui.

 

le cinoque et la cycliste à l'effet calmant.

Mardi 20 juin 2006, à la terrasse du Baratin, Bd Saint Marcel, 8 h.30, journaux, temps doux, bonne humeur conséquente. Trace de fatigue de l’atelier d’hier soir, où j’ai piqué du nez à plusieurs reprises. Un type descend en criant la rue Geofroy Saint Hilaire ; j’ai d’abord entendu sa voix, puis il a débouché devant la statue de Jeanne d’Arc, face à ma terrasse ; il hurle sans s’adresser à quiconque ; il marche assez vite. Je comprends : “…l’acier, c’est plus cher…” et : “…y’a pas moins cher que la marchandise…” (je suis à peu près sûr de “marchandise”). Il est grand et mince, probablement antillais, un bonnet rouge tricoté aux motifs verts et rouges, des sandales, un jean sombre, une chemise à carreaux dans lestons violet et orange, un gilet de sport kaki. Assez élégant, propre. Il attend au feu pour traverser le boulevard Saint Marcel ; il cesse de crier pour interpeller plus tranquillement une jeune fille à bicyclette (queue de cheval, baladeur). Elle sourit, mais comme il ne crie plus, je ne peux entendre ce qu’il disent. Elle file. Il entame alors une drôle de danse sur place, sur le terre plain central du boulevard, une sorte de rap déglingué, agitant seulement les bras, de profil. Ça dure bien deux minutes. Il poursuit ensuite sa traversée et donne encore quelques pas de danse devant la banque qui fait le coin de la rue. Il disparaît en marchant lentement dans la rue Geoffroy Saint Hilaire. Je me dis que la fille à vélo l’a calmé.

 

Quelle heure est-il, pour cette cinoque ?

Mardi 12 septembre 2006, très légèrement en avance chez Wajcman, ce qui nécessite un léger détour temporisateur avant la séance : direction l’autre trottoir, rue Geoffroy-Saint Hilaire (Paris Ve) . Il y a là un terre plain, un carré de verdure, une horloge. En face, un immeuble de quatre étages, tout en longueur, en retrait de la rue. Je traîne par là, et si j’ai le temps, j’achèterai une pomme, au primeur du coin de la rue. Vaguement tendu et très préoccupé d’horaire, je vise la demi-heure pile. Il est donc 9h.25-26 ; je prévois de m’engager dans la rue Poliveau où crèche Wajcman autour de 28. Comme je n’ai pas de montre, je me règle à l’horloge de mon téléphone portable ; c’est tout ce qui me préoccupe à ce moment, les quelques minutes qui restent, ne pas être en retard ( j’ai déjà vérifié à deux ou trois reprises que je disposais bien des deux billets de 20 euros nécessaires au réglement de mes comptes). J’éteins mon téléphone portable et je marche vers le garage, qui précède ma pomme, l’immeuble se termine là. J’entends alors : ” monsieur, monsieur”…Le second « monsieur « est prononcé si haut que je comprends que c’est à moi qu’on s’adresse. Et puis je suis seul dans la rue, ça ne peut qu’être que pour moi. Encore une fois : monsieur monsieur (forte). Je finis par lever la tête : ça vient du quatrième étage. Une femme d’une soixantaine d’année, dont je ne peux voir que la tête me crie encore “monsieur monsieur” en levant un doigt (geste d’écolier) ; elle est très penchée au dessus de la rembarde de son balcon. Je m’arrête. Elle répète « monsieur monsieur » mais moins fort, puisque je me suis arrêté. Et : “quel jour sommes nous, monsieur ?”

-Euh. (sans sourire, hésitant. D’une part, je veux être sûr, la réponse semble importante à ses yeux, sinon, pourquoi prendrait elle le risque de ces cris dans la rue, alors qu’elle a l’air bien mis, à l’aise, bon quartier bon français ( sommes-nous…). J’hésite aussi parce qu’elle semble dingue, tout de même, et qu’elle aura oublié ma réponse dans la minute qui va venir. Je ne veux pas d’ennui ; je suis pressé.)

-Euh. Mardi. Mardi….

….et il est neuf heure vingt-neuf.

-Ah, merci, monsieur. Neuf heure vingt neuf, merci.

Le tout, sans consulter ma montre ni rien qui me donne l’heure.

Très agité en arrivant chez GW, par ces histoires de cinoques, d’hésitations et de temps serré, conséquemment : léger retard.

 

un cinoque, muet

Samedi 14 octobre 2006 (retrouvé dans mon Journal), milieu d’après midi, place Clichy, tout de suite après le cinoque du Wepler, devant le cinéma Pathé : un type me fixe du regard ; ses doigts forment un cercle. Il me parle, posémment, mais reste muet. Baskets, mal rasé, anorak. Il porte une vitre bordée d’un adhésif marqué Castorama. Il me regarde pendant qu’on se croise et me parle en silence ; articule soigneusement son discours, appuyant les syllabes du rond de ses doigts, très argumenté ; il ne me quitte pas des