derniers poèmes de toute sorte

pantoum de la taille des fruitiers

(astucieux lecteur, un soldat romain craintif se cache dans ce poyème horticole, sauras-tu le retrouver ? )

                                                                              Pour Jacques Jouet
Un seul hêtre manque, restent les peupliers
le figuier du canal et l’arbre aux papillons
je dois graisser la tronçonneuse et ne pas oublier
de passer tantôt chez l’autre couillon

le figuier du canal et l’arbre aux papillons
herbier d’hiver, vivants piliers
de passer tantôt chez l’autre couillon
qui sait, lui, tailler le grand mirabellier


herbier d’hiver, vivants piliers
du jardin au lumineux roupillon
qui sait, lui, tailler le grand mirabellier
et supprimer le menaçant turion


du jardin au lumineux roupillon
froid soleil silence à désennuyer
et supprimer le menaçant turion
que je m’en vais bas tailler


froid soleil silence à désennuyer
arbustes fruitiers et fruitiers brouillons
que je m’en vais bas tailler
en exquis pantoum rimaillons


arbustes fruitiers et fruitiers brouillons
étroits poyèmes d’hiver en espalier
en exquis pantoum rimaillons
produits de serre et produit d’atelier


étroits poyèmes d’hiver en espalier
courts sifflets en tourbillons
produits de serre et produit d’atelier
mon atelier de haillons ma serre à papillons




courts sifflets en tourbillons
flore subtile et habile parabolier
mon atelier de haillons ma serre à papillons
un seul hêtre manque, restent les peupliers

 

_nouissement

dans mes exercices mes gammes ma pratique je trouve deux rimes
en anouissement

évanouissement
épanouissement

banal cuit pas terrible

mais au moins on passe de l'une à l'autre
richement
heureux de s'enfuir
en quelque sorte
de disparaitre
dans ce genre d'escapades furtives
et de parcourissement.

ba : je me dis dommage
qu'ébanouissment n'existe pas,
quand un ahuri s'enfuit
quand l'ébahi fout le camp (c'est dans sa nature)

ga éganouissement
fa effanouissement
rien à en tirer

ma c'est mieux
émanouissement pas mal pas mal
pour les choses du mamour
les caresses, les vertiges l'extanouissement


ra
ta


et à la fin finalement l'arrivée la frontière
la frontière de l'alphabet
l'exil la douane le dernier passage

l'exanouissement

 

un miyyar d'obèses (poème à lire avec un chapeau, sur le ton d'un conférencier inquiet)

un milliard d'obèses
un milliard
tout ça finira mal peut pas continuer
je vois pas comment
ah non je vois pas comment

un milliard d’obèses
un milliard un miyyard
d’obèses
vourendez compte un miyyard c’est pas rien
peut pas continuer
finira mal vois pas comment

un myard

c’est trop
dobèse
vois pas comment finira mal


je suis pas un spécialiste nutritionniste grossiste hygienniste
mais tous ces gros considérables importants
ces lourds très lourds
au MEME ENDROIT regroupés tous au MEME ENDROIT
et bien ça va finir par nous déséquilibrer l’ensemble
ça va nous fausser l’axe
de la terre ça peut pas manquer je vois pas comment ça peut pas être autrement
la masse la grande masse le myard
ça va nous changer l’axe
d’au moins quelques degrés l’axe
l’axe voyez ce que je veux dire
l’axe de la terre d’au moins quelques degrés

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah ça non je vois pas comment

tout tourne autour de l’axe c’est simple c’est l’axe tout tourne autour
le bel axe l’axe de la terre
et bien ça va le changer le myard et ça va être terrible le myard
je ne suis pas un spécialiste nutritionniste grossiste hygienniste
mais ce changement d’haxe, avec sa grande hache
et ben ça va être terrible ça va tout changer
à cause du poids voyez vous de l’énormité du poids
du poids des énormobèses considérables considérablement gros

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment


et vous comprenez bien qu’une fois l’axe
bougé changé déplacé à cause du myarddobèse
rien ne sera plus pareil rien rien sera plus pareil
des espèces de changements climatiques sociaux militaires
nationaux ultranationaux ultrasociaux
des changements terribles des catastophes terribles

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment


un myyard de catastrophes toutes liées les zunes
zozotes liées inextricablement et historiquement
techniquement scientifiquement politiquement
un myard de catastrophes en chaîne en paquet
toutes en même temps et l’une après l’autre
sans arrêt enchaînées méthodiquement

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment



alors quoi qu’est ce qui va se passer
on se demande mais on peut pas savoir
il va pleuvoir pleuvoir et toujours pleuvoir
tonner tonner tous les jours tout le temps des myards de temps
le sale temps tout le temps l’orage la pluie tout le sale temps
ou alors rien du tout plus d’eau on sait pas
plus d’eau du tout rien que du sec du très sec sans eau
du vent du vent du vent chaud qui charrie du sable
et des plantes mortes des myards de sec sans eau
c’est ça qui va se passer on peut pas savoir de l’eau de l’orage
tout le temps ou du sec sans eau tout le temps aussi on peut pas savoir

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment

mais alors qu’est ce qu’on peut faire je vois pas comment
qu’est-ce qu’on peut faire ça finira mal
je suis pas un spécialiste nutritionniste grossiste hygienniste
social ou politique ou ultranational voyez vous
alors ce qu’on peut faire, je vois pas non je vois pas


Maigrir ? Mais ça serait pire, ça, maigrir
ça arrêterait la machine toute la machine maigrir
c’est pas possible maigrir c’est l’implosion c’est pas possible`
pas question de maigrir de s’arrêter ah non pas question ça serait pire
la guerre oui la guerre la catastrophe si on s’arrêtait de grossir
de s’obéser de croître et d’embellir oui la guerre grossir encore grossir
faut pas arrêter n‘arrêtez pas, jamais sans cesse obésez obésez toujours
le secret c’est ça la petite bourgoisie a besoin de grossir partout toujours
grossir toujours grossir enfler son pognon s’en fourrer fourrer jusque là
et si ça s’arrête c’est la guerre encore la guerre ça s’arrêtera jamais

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment


alors mais alors quoi quoi
on peut tout de même pas s’en prendre auzobèses euh-mêmes voyez-vous
les prendre et les faire fondre fondre sur eux et les faire fondre sur eux




et sur euh-même et puis c’est pas leur faute à euh ozobèses
on leur a dit mangez grossissez enrichissez vous çui qui travaille pluss
y gagne pluss y mange pluss voilà not solution enrichissez vous
gagnez pluss ; résultat pluss d’obèzes c’est forcé c’est pas leur faute
on leur dit mangez gobergez empiffrez faites vous pêter
la sous-ventrière, les dents du fond allez y les dents du fond baignez
vous les dents du fond c’est ça not solution gagnez pluss
sinon on vous essplique que c’est la guerre sinon c’est un ordre grossissez
alors y zon obéi y zont obéi grossissez obéissez sinon c’est la guerre
y zont obéi et fait ce qu’on leur demandait alors maintenant on va pas les faire fondre, tout de même.
alors y'a pas de solution
au myard d'obèses mais

mais

tout ça finira mal peut pas continuer
un myarddobèse
je vois pas comment
ah non je vois pas comment

 

mes dents/de trente mille ans

en 30 000 ans
mes dents
se sont amoindries ont fondu ont diminué
d'un millimètre à peine


je suis patient
j'ai bien fait d'attendre
m'en trouve bien de mes courtes dents (tendres)
surtout celles de devant


[notez que je n'y suis pour rien, une fois de plus, que c'est un trait d'espèce, une donnée scientifique, une mesure générale. Autrement dit les vôtres aussi, de dents, elles ont racorni, et du même millimètre. Vous n'y pouvez rien, c'est un trait d'espèce, la notre]




j'ai bien fait d'attendre
c'est pas grand'chose
30 000 ans pour des dents de devant
je suis patient



et pour les années à venir
les 30 000 prochaines années
je compte bien perdre encore un millimètre
de redents de redevant


[mais je ne lutterai pas ; c'est un trait de mon caractère, vous zavez compris, je laisse faire ; le plus souvent, je m'érode très volontiers, et même je m'en vante, des dents comme du reste]


alors je vais m'allonger là
et attendre faire un effort de concentration
et attendre penser à mes dents
qui se rétractent lentement



attendre x fois 30 000 ans ça va passer
vite ça ira vite
je vais m'allonger là et attendre et veiller
fondre attentif ça vaut le coup


fondre du bout des dents
m'éroder millimétriquement
me rendre encore une fois conforme à l'espèce
très volontiers fondre

[maigrir des dents, ça se voit pas, c'est discret, c'est parfait une satisfaction intime et tranquille un genre de plaisir qui dure dans ma nature voyez vous on doit pouvoir en jouir un moment]

oui oui je me désagrégerai
dissoudrai avec constance
m'y appliquerai cupiodisolv'rai alors autant commencer
maint'nant par les dents

et si tout va bien dans 300 000 ans
j'en n'aurai plus des dents
tout à fait disparues inutiles sans doute

[on voit bien le topo, n'est ce pas, dans 300 000 ans, j'aurai enfin fondu des dents enfin débarrassé irrémédiablement édenté ça vaul coup une vraie bouche de vieillard pourrai enfin lâcher la rampe dans une sorte d'accomplissement évolutionnaire, enfin]

enfin

 

poésie sonore

gargouillis
boulevard Gargantua

avise une gargote
(la serveuse a une sale gueule (gargouille) mais)

m'en met plein
la gargamelle
(…Comamos tocino por San Gargantón…)

gaga les habitués en sont gaga
et repaye ma tournée
(gaga...garçon remettez-nous ça)

et du pinard
en gargarisme


le bruit cesse