derniers poèmes de toute sorte

j'invoque les séances fatigue

j'invoque les séances fatigue
quand je glisse de fatigue
rompu cour battu é limé
four bu lenti partout traîné vi dé

c'est que je suis à bout à bout derrière les Gobelins
é chiné et Paris qui me remonte dans les rotules plein
les pompes c'est quoi la deuxième la troisième journée
de balade harassante dans Paris j'en peux plus vanné

ça va bien comme ça finit par faire mal des douleurs surtout danl dos
les jnou et le vieux lumbago me dévisse et me vrille j'échoue au McDo
du carrefour ma sciatique entre les fesses je souffle un répit
j'attends mon rendévoue chez Wajcman j'arrête-là jme replie

c'est que voyez-vous pendant ces longues promenades je me donne de la fatigue
devenue une méthode une ascèse lente et patiente je fatigue
mes journées fatigue ma résistance ma volonté mes idées
et parviens à un point un point d'oraison oui un point d'oraison de rupture digue affaissée coque fissurée un point à dire dire dire dire enfin cé dé a battu
lent marmonnant immobile et usagé sans idées surtout surtout sans idées

les séances du matin sont de nuages de flottement celles du soir sont de fatigue
à bout à bout usé j'en peux plus c'est ainsi que j'invoque les séances fatigue

 

j'invoque les séances vague

j’invoque les séances vague
ment quand je dis
quand je marche lentement dans le vague
à bond les yeux dans              à l’âme

c’est qu’à cette heure la nuit va tomguer
Paris effacé flouté vidé et divagué
c’est que les infinies promenades de la journée m’ont fatigué
jusqu’à ne plus rien voir rien noter vaciller zig zaguer

le vide s’installe le charme la beauté la vagghezza
et voilà que Paris n’est plus au point oui flou
et indistinct myope va savoir (sans compter les reflouts)
de la rue le contour inexa

à Clignancourt là-haut
à Marx Dormoy là-bas
porte de Pantin là-nuit
sans compter Lavieillefayette
la foule précise et nette et travailleuse affairée attentive distinguée se rentre chez soi ne restent alors que les méditatifs les harrassés les invaghirsi (sisi) connaissez vous les marcheurs de la nuit connaissez vous les marcheurs de la nuit les marcheurs de la nuit qui divaguent


ça me trouble voyez-vous, ça devient flou, alors j’invoque les séances vague promenade vague qui la nuit troublent Paris avec qui je marche vaguement

 

j'invoque les séances flotte

j'invoque les séances flotte
ment quand il flotte
(et moi aussi)
je sors je suis toujours sorti


c'est que je passe sur le pont de l'Aqueduc
(Paris Xe, dans le céleste quartier des Deux gares)
du ciel des voies des ponts des gares
c'est là bien sûr que j'ai granduc

rares quartier de flotte
ment suspendu défense de sauter
sur les voies danger de mort ne pas toucher au fils
entre ciel et gares et voies

j'allais au lycée par là
et du lycée je revenais
quand j'y pense les parents ne se sont jamais éloignés
de ces voies de ces gares de ces ciels toujours les mêmes
voies de retour ferrées pas loin pour repartir
redevenir cheminots jamais loin flotter ne jamais partir


alors quand il flotte et moi aussi je sors je retourne au dessus des voies je flotte
au dessus des voies entre ciel et voies j'invoque les séances de flotte
ment

 

j'invoque les séances nuages

j’invoque les séances nuages
et les pensées mal formées et dis
jointes tôt
dans les nuages sommeil

c’est que je passe sur le pont d’Austerlizt
au loin l’usine d’incinération d’Ivry
dont nous étions voisins et que
nous appelions la fabrique de nuages

pensées dis
jointes
dés
assemblées
trouées vidées percées
dans les nuages sommeil

mais bientôt la fabrique fait son effet
le vent modèle tout ça à l’est de Paris
rassemblés nuages formés
passés fabriqués
mais phrases continues pleines de la fabrique de nuages
virgulées assemblées à l’est de paris
dans les nuages sommeil
sans idées pour l’instant pas d’orage des idées
les idées sont des orages
les idées sont des orages

j’invoque les séances nuages sommeil
qui remontent sans idées vers le Nord

 

padistoires

je ne vais pas vous dire il s’est passé ci ou ça
et puis cela encore ça et après ça et encore ça
et puis et puis et puis ça
et encore ça
et à la fin ça
non je ne vais pas vous dire ça
pas question
vous ne croiriez pas
voum diriez à juste titre

voum diriez on te croit plus
et d'ailleurs plus personne te croit
qu’est ce qu’tu racontes quoiqu’tu racontes
on te croit plus tes histoires
ne sont même pas des histoires
tout ça ne n’est que des histoires comme ça
des blagues de vagues récits des fables comme ça
on n’y croit plus on te croit plus
plus personne te croit
vous ne croiriez pas
voum diriez à juste titre

voum diriez non non non le monde
la vie le monde la vie
c’est bien plus compliqué que ça
la vie la vie la vie est beaucoup plus brutale que ça
plus barbare sanguinaire apocalyptique que ça
voum diriez la vie la vie la vie est devnue terrible
stridente indicible pas racontable
et puis tes histoires elles finissent elles finissent
et même parfois tes histoires finissent
bien tandis que la vie la vie la vie ça
finit pas jamais alors on te croit plus
voum diriez à juste titre

voum diriez et pis t'es pas le seul comme ça
tous ceux qui reviennent de ces batailles
toi tous tous tous ceux qui reviennent y nous disent ça
vous zallez pas nous croire c'est pas croyable
pas racontable vous zallez pas nous croire
tout ça et bien pire que ça
alors on peut plus croire les raconteurs
les récitants les fabulateurs les histoiriens

voum diriez tout ça
alors alors moi je réfléchirai cinq minutes
(méditatif, largo continuoso)
et je vous demanderai
mézalors il me reste quoi, moi, à part ça
il me reste quoi, pour mézistoires comme ça
pour mes bricoles mes poèmes comme ci comme ça
il me reste quoi à moi
et alors voum direz



ben rien
voum direz
ben rien à part ça

rien