derniers poèmes de toute sorte

ritournelle

ils attendent
(qui ne viendra pas).
et nous qui savons depuis le premier jour
(qui ne viendra pas)
et nous qu’attendons nous ?

nous attendons
(le refrain)
c’est tout
ça nous amuse
(qui revient)

de quoi il ritourne un soulagement
c’est ça on guette un soulagement
ils ne rient pas, ils attendent, ils ne rient pas parce qu’ils n’ont pas repéré ce refrain mais nous nous on rit
ça revient ça rengaine ça soulage
ça soulage parce que le temps ne passe pas le refrain
ça soulage parce que c’est comme avant le refrain
ça soulage parce que nos inquiétudes sont dissipées pour un moment
les morts nos morts nos absents tous nos absents vont revenir,

comme au refrain
(qu’on attend)
on sait de quoi
(qui revient)
il ritourne

 

je voyagea

moi aussi je voyagea
je connûmes les escalators
les ascensors
les pyramides les grand-voiles les parapets
(ainsi la Chine où il fait
bon arriver à poil, à ce qu'il parait)
les malles les départs les tramwets
les voluptés les arrachements les gares
je voyagea
debout
je voyagea
assis
chargé bagagé harnaché
d'élégantes roulettes à valises
je voyagea
à l'aise je voyagea
facile.
C'est à la portée de n'importe quel bada.

 

alba alba jeun'alba

alba
alba
prendre le large fille de l’air
et saut du lit fille de l’heure
toujours précipité
et à ce propos mon père disait
tu décanilles à quelle heure
il avait bien compris
se tirer filer fendre l’air

tirer la porte vite vite
alba alba
disparaître au point du jour
pad bruit en caleçon pad bruit
ne rien changer ne pas réveiller
et adieu en silence escampativos
fuir pas tant que ça plus faible
plutôt l’abandon de poste
de la sentinelle du point du jour
pas si grave rien d’irréparable
mon froc et me rechausser sur le palier
passer la cochère prendre l’air
de rien s’arracher se tirer se faufiler

alba alba le poème du saut du lit de l'aube
fille de l’air fille de l’heure fille de l’aube
les amants séparés au point du jour
de l'air sur la pointe des pieds alba alba
et ce côté farceur cachecacheur
et aussi faire plaisir à fuir comme ça sans prévenir
c'est ça que tu voulais hein que je parte que je meure
à l'aube alba alba
la fille de l'air déguisé en courant d'
fuir non pas si grave décaniller
furtif parti l'air de rien
alba
alba

 

j'invoque les séances emportement

j'invoque les séances emporte
ment quand s'emportent
les pensées vertigo qui décollent très vite
quand s'ouvre le gouffre d'en haut le lévite
ment

c'est que je traîne sur le pont Ordener
(le ciel du Nord de Paris les rails les gares danger
de mort ne pas toucher les fils caténaires)
promeneur marcheur enjambeur passager

c'est que je prends une large inspiration
à pleins poumons les épaules dégagées
et le grand air bleu m'emporte allégé
c'est le lotissement du ciel la brusque ascension


ce matin-là, je remonte vers Marx Dormoy c'est vrai qu'ils ne sont pas si nombreux
ces grands airs de Paris plus bas danl Xe arrondissement les gares toujours plus bas j'aperçois mon vieux lycée Colbert au bord des voies et la caserne Château-Landon et le pont de l'Aqueduc ces grands air d'essor d'exposition à l'air et au vent de promenade à l'essor étendu d'envol depuis le pont le ciel est à portée
des pleins poumons

les moments d'essorement sont composés de marche et de grand ciel de chemin
de fer de déploiement et d'essor pour quoi j'invoque les séances d'emportement

 

j'invoque les séances lire

j’invoque les séances lire quand je sors
quand j’y vais lire c’est dehors
chez moi c'était à livre fermé je sortais à livre ouvert
depuis me balader (attention détachée) c’est glisser c’est lire

c’est que je passe près du Canal Saint Martin
(Paris Xe-XIe-XIXe, première frontière, la marge)
l’écluse les entrepôts, la paix-qui-niche et la barge
je connais ça par coeur je récite j’ai habité pas loin

les quais la marge le quartier la page la rue la
ligne alors traverser au feu, c’est aller à la
et on dit bien laisser un livre en plan
on lit on rode je lit on muse on lit on flân

je rlis j’y rtourne je rlis je rpasse je rlis je rviens
et je fais comme les autres je msouviens
que ma mère s'inquiétait s'agaçait et mdisait t’es pas là que tu voudrais être ailleurs
mais où ? quoi ? changer d’histoire ? changer dlivre ? changer drue ? ça dvait être batailleur
mais on rlis jamais la même ville on saute jamais la même rue
on rvient pas jamais ça change tellement, la forme d’une page disparue

j’arpente comprenez-vous je suis mes pieds m'ont sorti dlà m’ont mis dehors m’ont mis à quai et à la page et j’invoque à tout jamais l'errance la liberté des séances lire