derniers poèmes de toute sorte

j'invoque les séances lire

j’invoque les séances lire quand je sors
quand j’y vais lire c’est dehors
chez moi c'était à livre fermé je sortais à livre ouvert
depuis me balader (attention détachée) c’est glisser c’est lire

c’est que je passe près du Canal Saint Martin
(Paris Xe-XIe-XIXe, première frontière, la marge)
l’écluse les entrepôts, la paix-qui-niche et la barge
je connais ça par coeur je récite j’ai habité pas loin

les quais la marge le quartier la page la rue la
ligne alors traverser au feu, c’est aller à la
et on dit bien laisser un livre en plan
on lit on rode je lit on muse on lit on flân

je rlis j’y rtourne je rlis je rpasse je rlis je rviens
et je fais comme les autres je msouviens
que ma mère s'inquiétait s'agaçait et mdisait t’es pas là que tu voudrais être ailleurs
mais où ? quoi ? changer d’histoire ? changer dlivre ? changer drue ? ça dvait être batailleur
mais on rlis jamais la même ville on saute jamais la même rue
on rvient pas jamais ça change tellement, la forme d’une page disparue

j’arpente comprenez-vous je suis mes pieds m'ont sorti dlà m’ont mis dehors m’ont mis à quai et à la page et j’invoque à tout jamais l'errance la liberté des séances lire

 

j'invoque les séances fatigue

j'invoque les séances fatigue
quand je glisse de fatigue
rompu cour battu é limé
four bu lenti partout traîné vi dé

c'est que je suis à bout à bout derrière les Gobelins
é chiné et Paris qui me remonte dans les rotules plein
les pompes c'est quoi la deuxième la troisième journée
de balade harassante dans Paris j'en peux plus vanné

ça va bien comme ça finit par faire mal des douleurs surtout danl dos
les jnou et le vieux lumbago me dévisse et me vrille j'échoue au McDo
du carrefour ma sciatique entre les fesses je souffle un répit
j'attends mon rendévoue chez Wajcman j'arrête-là jme replie

c'est que voyez-vous pendant ces longues promenades je me donne de la fatigue
devenue une méthode une ascèse lente et patiente je fatigue
mes journées fatigue ma résistance ma volonté mes idées
et parviens à un point un point d'oraison oui un point d'oraison de rupture digue affaissée coque fissurée un point à dire dire dire dire enfin cé dé a battu
lent marmonnant immobile et usagé sans idées surtout surtout sans idées

les séances du matin sont de nuages de flottement celles du soir sont de fatigue
à bout à bout usé j'en peux plus c'est ainsi que j'invoque les séances fatigue

 

j'invoque les séances vague

j’invoque les séances vague
ment quand je dis
quand je marche lentement dans le vague
à bond les yeux dans              à l’âme

c’est qu’à cette heure la nuit va tomguer
Paris effacé flouté vidé et divagué
c’est que les infinies promenades de la journée m’ont fatigué
jusqu’à ne plus rien voir rien noter vaciller zig zaguer

le vide s’installe le charme la beauté la vagghezza
et voilà que Paris n’est plus au point oui flou
et indistinct myope va savoir (sans compter les reflouts)
de la rue le contour inexa

à Clignancourt là-haut
à Marx Dormoy là-bas
porte de Pantin là-nuit
sans compter Lavieillefayette
la foule précise et nette et travailleuse affairée attentive distinguée se rentre chez soi ne restent alors que les méditatifs les harrassés les invaghirsi (sisi) connaissez vous les marcheurs de la nuit connaissez vous les marcheurs de la nuit les marcheurs de la nuit qui divaguent


ça me trouble voyez-vous, ça devient flou, alors j’invoque les séances vague promenade vague qui la nuit troublent Paris avec qui je marche vaguement

 

j'invoque les séances flotte

j'invoque les séances flotte
ment quand il flotte
(et moi aussi)
je sors je suis toujours sorti


c'est que je passe sur le pont de l'Aqueduc
(Paris Xe, dans le céleste quartier des Deux gares)
du ciel des voies des ponts des gares
c'est là bien sûr que j'ai granduc

rares quartier de flotte
ment suspendu défense de sauter
sur les voies danger de mort ne pas toucher au fils
entre ciel et gares et voies

j'allais au lycée par là
et du lycée je revenais
quand j'y pense les parents ne se sont jamais éloignés
de ces voies de ces gares de ces ciels toujours les mêmes
voies de retour ferrées pas loin pour repartir
redevenir cheminots jamais loin flotter ne jamais partir


alors quand il flotte et moi aussi je sors je retourne au dessus des voies je flotte
au dessus des voies entre ciel et voies j'invoque les séances de flotte
ment

 

j'invoque les séances nuages

j’invoque les séances nuages
et les pensées mal formées et dis
jointes tôt
dans les nuages sommeil

c’est que je passe sur le pont d’Austerlizt
au loin l’usine d’incinération d’Ivry
dont nous étions voisins et que
nous appelions la fabrique de nuages

pensées dis
jointes
dés
assemblées
trouées vidées percées
dans les nuages sommeil

mais bientôt la fabrique fait son effet
le vent modèle tout ça à l’est de Paris
rassemblés nuages formés
passés fabriqués
mais phrases continues pleines de la fabrique de nuages
virgulées assemblées à l’est de paris
dans les nuages sommeil
sans idées pour l’instant pas d’orage des idées
les idées sont des orages
les idées sont des orages

j’invoque les séances nuages sommeil
qui remontent sans idées vers le Nord