derniers poèmes de toute sorte

abandon

tout le monde abandonne
tout le monde





abandonne









tout le monde












abandonne,
puisque tout le monde abandonne

 

j'invoque les séances comptoir

J’invoque les séances comptoir
où le temps s’arrête suspendu au bar
attendre/compter patientar/racontar
ça a toujours compté ces histoires

c’est que je suis au café encore au café encore au café
ici ou là ailleurs partout toujours et          pas un jour
où j’y suis pas été de ma vie                   pas un jour
toujours là pas un jour sans comptoir sans journaux sans café

tut rend compte t’en tiens pas compte tu comptes
là dessus sur cette vie de souvnirs de bistrot rade troquet
et mon vice récent j'y fais des mots croisés à quoi j’ajoute
les serveuses à tablier blanc qu’on dégrafe qu’on dénœunœute par derrière

j'étais je reste le fils du bistrot je les connais tous tous les habitués tous les familiers déjetés tous les patrons zétrones tous les billards tous les babyfoot les flippers les quatre-vingt-et-un je les connais n’en suis jamais parti jamais quitté cette musique ritournelle refrain de cette vie de bistrot troquet café

sans compter l’instrumentation : lavette plateau pression sous-bock sciure et sandwiches (en ce temps-là la (lala) question du e anglomane se posait encore)

 

ongles rongés

ongles rongés                mains fines               douleur tenace
                                    stigmates rougis
longimane blessé     égratignures légères      mains rongées
                                 marques sanglantes
douleur précise          mains anxieuses           plaies fines
                                 blessures rouillées

                                     on parlait alors
                                     des stigmates
                                       physiques
                                     et psychiques
                                   des dégénérés
                                 des stigmates rongés
                                  de mes mains fleurs

cruauté attentive        longimane inquiet          douleur légère
                                  rougeurs rongées

 

j'invoque les séances fixe

J’invoque les séances                  fixe
ment où rien rien ne change
dans mon passé de re change
rien et pas non plus mon enfance fixe

tracemanque c’est que je suis au petit landon
le tout petit landon bistrot ancien des parents
coincé là-haut derrière la gare de l’Est dans le quartier des pon
zéacqueducs tracemanque mais rien n’a changé rien c’est marrant

sauf sauf qu’on voit bien que ma mère n’est plus là ma mère
à la caisse sa caisse sa place j’ai la certitude d’avoir perdu ma mère
et je cherche cette trace profonde qu’elle avait laissé danl parquet
rien elle est absente tracemanque dans son troquet


et même ce carrelage de leur vieux café je n'ai pu l’oublier puisque régulièrement je reviens au tout petit landon revu revérifié c’est mon carrelage je n’ai pas pu l’oublier il n’a jamais changé fixé documenté gravé inchangé immobile mnésique j’en connais la couleur la taille des carreaux quarante ans que j’y retourne vieux bistrot kabyle maintenant

notes persistantes de cette balade du printemps 2013 : le même bruit du mécanisme des chambres froides derrière le comptoir notes graves basses fixes des portes qu'on referme

 

ritournelle

ils attendent
(qui ne viendra pas).
et nous qui savons depuis le premier jour
(qui ne viendra pas)
et nous qu’attendons nous ?

nous attendons
(le refrain)
c’est tout
ça nous amuse
(qui revient)

de quoi il ritourne un soulagement
c’est ça on guette un soulagement
ils ne rient pas, ils attendent, ils ne rient pas parce qu’ils n’ont pas repéré ce refrain mais nous nous on rit
ça revient ça rengaine ça soulage
ça soulage parce que le temps ne passe pas le refrain
ça soulage parce que c’est comme avant le refrain
ça soulage parce que nos inquiétudes sont dissipées pour un moment
les morts nos morts nos absents tous nos absents vont revenir,

comme au refrain
(qu’on attend)
on sait de quoi
(qui revient)
il ritourne