derniers poèmes de toute sorte

j'invoque les séances fixe

J’invoque les séances                  fixe
ment où rien rien ne change
dans mon passé de re change
rien et pas non plus mon enfance fixe

tracemanque c’est que je suis au petit landon
le tout petit landon bistrot ancien des parents
coincé là-haut derrière la gare de l’Est dans le quartier des pon
zéacqueducs tracemanque mais rien n’a changé rien c’est marrant

sauf sauf qu’on voit bien que ma mère n’est plus là ma mère
à la caisse sa caisse sa place j’ai la certitude d’avoir perdu ma mère
et je cherche cette trace profonde qu’elle avait laissé danl parquet
rien elle est absente tracemanque dans son troquet


et même ce carrelage de leur vieux café je n'ai pu l’oublier puisque régulièrement je reviens au tout petit landon revu revérifié c’est mon carrelage je n’ai pas pu l’oublier il n’a jamais changé fixé documenté gravé inchangé immobile mnésique j’en connais la couleur la taille des carreaux quarante ans que j’y retourne vieux bistrot kabyle maintenant

notes persistantes de cette balade du printemps 2013 : le même bruit du mécanisme des chambres froides derrière le comptoir notes graves basses fixes des portes qu'on referme

 

ritournelle

ils attendent
(qui ne viendra pas).
et nous qui savons depuis le premier jour
(qui ne viendra pas)
et nous qu’attendons nous ?

nous attendons
(le refrain)
c’est tout
ça nous amuse
(qui revient)

de quoi il ritourne un soulagement
c’est ça on guette un soulagement
ils ne rient pas, ils attendent, ils ne rient pas parce qu’ils n’ont pas repéré ce refrain mais nous nous on rit
ça revient ça rengaine ça soulage
ça soulage parce que le temps ne passe pas le refrain
ça soulage parce que c’est comme avant le refrain
ça soulage parce que nos inquiétudes sont dissipées pour un moment
les morts nos morts nos absents tous nos absents vont revenir,

comme au refrain
(qu’on attend)
on sait de quoi
(qui revient)
il ritourne

 

je voyagea

moi aussi je voyagea
je connûmes les escalators
les ascensors
les pyramides les grand-voiles les parapets
(ainsi la Chine où il fait
bon arriver à poil, à ce qu'il parait)
les malles les départs les tramwets
les voluptés les arrachements les gares
je voyagea
debout
je voyagea
assis
chargé bagagé harnaché
d'élégantes roulettes à valises
je voyagea
à l'aise je voyagea
facile.
C'est à la portée de n'importe quel bada.

 

alba alba jeun'alba

alba
alba
prendre le large fille de l’air
et saut du lit fille de l’heure
toujours précipité
et à ce propos mon père disait
tu décanilles à quelle heure
il avait bien compris
se tirer filer fendre l’air

tirer la porte vite vite
alba alba
disparaître au point du jour
pad bruit en caleçon pad bruit
ne rien changer ne pas réveiller
et adieu en silence escampativos
fuir pas tant que ça plus faible
plutôt l’abandon de poste
de la sentinelle du point du jour
pas si grave rien d’irréparable
mon froc et me rechausser sur le palier
passer la cochère prendre l’air
de rien s’arracher se tirer se faufiler

alba alba le poème du saut du lit de l'aube
fille de l’air fille de l’heure fille de l’aube
les amants séparés au point du jour
de l'air sur la pointe des pieds alba alba
et ce côté farceur cachecacheur
et aussi faire plaisir à fuir comme ça sans prévenir
c'est ça que tu voulais hein que je parte que je meure
à l'aube alba alba
la fille de l'air déguisé en courant d'
fuir non pas si grave décaniller
furtif parti l'air de rien
alba
alba

 

j'invoque les séances emportement

j'invoque les séances emporte
ment quand s'emportent
les pensées vertigo qui décollent très vite
quand s'ouvre le gouffre d'en haut le lévite
ment

c'est que je traîne sur le pont Ordener
(le ciel du Nord de Paris les rails les gares danger
de mort ne pas toucher les fils caténaires)
promeneur marcheur enjambeur passager

c'est que je prends une large inspiration
à pleins poumons les épaules dégagées
et le grand air bleu m'emporte allégé
c'est le lotissement du ciel la brusque ascension


ce matin-là, je remonte vers Marx Dormoy c'est vrai qu'ils ne sont pas si nombreux
ces grands airs de Paris plus bas danl Xe arrondissement les gares toujours plus bas j'aperçois mon vieux lycée Colbert au bord des voies et la caserne Château-Landon et le pont de l'Aqueduc ces grands air d'essor d'exposition à l'air et au vent de promenade à l'essor étendu d'envol depuis le pont le ciel est à portée
des pleins poumons

les moments d'essorement sont composés de marche et de grand ciel de chemin
de fer de déploiement et d'essor pour quoi j'invoque les séances d'emportement