derniers poèmes de toute sorte

leur cimetière

                              font tout juste leur promenade autour de leur cimetière

en habitués


                                                  pas plus loin

et encore                                   pas tous


                                                                                 les plus vaillants
                                                                                       patipatinants

 

prendre l'air

je vais prendre l’air
frais

mais de quoi j’aurai l’air
quand j’aurai l’air
frais

même pas sûr que j’aurai
pris l’air

même pas sûr que j’aurai
l’air frais

même pas sûr que j’aurai
pris le frais

même pas sûr que j’aurai
pris l’air niais

(avec mes grands airs)

et même pas sûr que j’aurai
changé d’air


je vous laisse
à ce petit poème
inspiré
dont, à votre air

consterné
je vois que vous avez compris le principe

(manque pas d’air,
le poète...)

 

j'invoque les séances Saône

J’invoque les séances Saône
où le temps le sale temps tourbillaône
et les mauvaises pensées marmaônnent
le sale temps d’arrêt qui bourdaônne.

C’est que je promène entre les deux passerelles
instables du quai Saint Vincent qui font une archipelle
au bout de Lyon haute citadelle pauvre sentinelle
je promène à la pointe de la ville assailli me demande quoi sempiternelle


ment me demande quoi les mauvaises pensées m’assaillent les mauvaises
pensées des bords de Saône c’est la rivière de mon père son zambèze
où il est resté à la pêche quoi sa nostalgique rivière quoi ses fadaises
ses bricoles récits souv’nirs et mâconnismes anamnèses beaujolaizes


mais voilà que je pense mal à mon père-de-la-Saône, j’y pense de travers tant et si bien que je suis arrêté immobilisé au beau milieu de la passerelle coincé par mes mauvaises pensées, ce jour là (28 novembre 2014) (les balades des semaines d’après, au même endroit, ça ira mieux, on s’baigne jamais dans le même passé)

mon père disait en effet la Saône, c’est une rivière une rivière voyez-vous une rivière pas humide mon père formidable avait inventé une rivière pas humide : la Saône

 

langue des noyées

quand on est          emportée
par le fleuve       on est
quoi                  on est
fleuvée    fluvée      fluviatée

qu’on s’y laisse aller
(dans les poches des pavés)
alors     on est      on est
beneflotillée      fluidisolomascarée      mélancolifiumée

que le fleuve emporte tout on est
quoi                                    on est
[vous avez compris que notre langue de noyée
est agglomérative et ne fait pas grand cas des verbes d’action]
fluvitourbillée     plongeodéshalée       potamosubmercoulée


et la sensation de l’eau noire sur la poitrine
du froid du bruit du bouillon d’ondine
quoi cette sensation quoi océnanesque
angstrivoyeuse         blackhydrochillante        pectaquafriesque

et la racine ancienne quoi
‘se laisser aller à un fleuve de larmes’
l’eau dedans l’eau partout lacrymaquoi
dacryosuicide         autolacrymothanasie      nostalgocaletocharme

et ces langues qui s’emboitent pour dire
‘on se trempe jamais deux fois l’baigneur
dans le même nauséabond collecteur’
l’égouraclitisme       stinky-styx-neveragain       bismorbidopotamire

et la succion marécageuse la tristonsse
quand on s’engloutit qu’on s’enfonce
on laisse aller la plongée le noyage
lypépaludognathe         quicksandsovore          ristolimniphage

à la fin on est quoi
on est
emportée

emportée à la fin



coda (pour ne pas conclure) : vous savez bien que ‘le mot rivière n’est pas noble en poésie’ (encycl. Diderot)

 

sans façon (pour #webasso)

c’est pas des façons
non c’est pas des façons
comme disait ma mère de se planter là
pas des façons de se planter là et dire
et dire
et dire j’ai quelque chose à vous dire

là tout de suite
se planter là et dire (se vanter en quelque sorte)
j’ai quelque chose à vous dire
une histoire n’importe quoi des histoires des bricoles
une épopée
un poème va savoir
dire moi je sais quoi dire et pas des riens pas rien
se planter là et dire c’est pas des riens
mon histoire mon poème mon odysée
ça vaut le coup d’être dit
non c’est pas des façons
c’est pas des manières
et comme je suis plutôt d’accord avec ma mère
c’est pas des façons c’est pas des manières
vaut mieux que j’arrête

sans compter qu’il y a manière et manière
(la question du style...)
(...on s’comprend...)
(...sans faire de manière.)