naissance de quelques personnages

miss Joyfull, sur la tombe de son mari

Eupatoria Joyfull, anglaise très digne, pissait sur la tombe de son mari.
Mais la maréchaussée, diligente et outrifiée, l'encaserna tout aussitôt ; ces choses-là arrivent, même dans notre village, d'ordinaire plus gentil et patient, disons tolérant. Un procès s'ensuivit, poor miss Joyfull.
Eupatoria, notre Eupatoria, s'expliqua : 'mon mari/you see/aimait ça. Et je veux lui plaire encore, that's all, par mes petits/wee wee.'
On en jugea. Et, of course, la relaxa.
Qu'on con(concon)sidère pour finir l'erreur qui avait été celle de nos gendarmes quand ils avaient trop vite déclenché l'affaire : la publicité du jugement fut telle que les filles du village, les femmes, toutes les femmes, voulurent plaire, of course, à mister Joyfull et de la manière qu'elles venaient de découvrir ; sa tombe est maintenant la plus
com
pissée
du canton.

 

holyfucking pape

Holy shit murmurait le pape, c’est pas mon jour. Pad jeu, rien, rien à faire...le ciel m’abandonne [à voix haute, air éteint : ] holy fucking christ, j’en peux plus, j’arrête...
No way répondit Gerlier, qui menait la partie de belle manière. Pas de ça chez moi, saint père : on avait dit trois heures, c’est trois heures, y’a pas à sortir de là. Hauts les coeurs, comme on disait à la messe, vous laissez pas abattre...vous roupillerez demain. Trois heures, c’est trois heures.
Bonbon, te fâche pas Gerlier, ok pour trois heures, bitch [il s’étirait] mais fais moi préparer un daïquiri [il souriait] a good old daïquiri : avec ça, holy moses, je devrais tenir encore un peu...avec un daïquiri, je vais te le faire rentrer dans l’ognon, ton putain de poker...et puis t’as raison, je roupillerai demain. Ma mère disait : je dormirai quand je s'rais morte...
Je [Gerlier était attendri] l'aimais bien, vot' mère...
C'est ça [le pape était gentiment agacé] c'est ça...parlons d'autre chose, bitch...
Vot'mère, je l'aimais bien, c'est pas elle qui aurait largué une partie en cours de route, elle avait une santé...
Et pis ses daîquiri, c'était quelque chose, ça dégageait les bronches [le pape se souvenait] juste ce qu'il fallait, holy cow, ça me tenait debout, ça me tenait chaud : j'en ai fait, des putain de messes, avec les daïquiri de ma mère...fallait voir...
Elle [Gerlier rêvait] avait des seins de rêve. Ses seins, à vot'mère, j'en rêvais, ses seins blancs bien serrés dans sa petite camisole ajustée...ahhh...
Ça va ça va...s'agit de la mère du pape, nom de dieu, show some respect, bitch...mais t'as raison, elle avait une paire de nibards, ma mère...une espèce de perfection...qui me tenait chaud.
[Gerlier et le pape rêvaient]
[Le daïquiri de Monsieur...l'obséqieux barman se retira fissa]
Merci...Ahh ça va tout de suite mieux.  Tu vois, Gerlier, faut pas grand chose, un daïquiri bien dosé, une bonne partie entre amis, et le souvenir des seins de ma mère, holy smoke, faut pas grand chose pour que ma putain de vie reprenne des couleurs...
[Gerlier pensait que la banalité pensive est un péché. Mais il n'en dit rien.] Trois heures c'est trois heures, y'a pas à sortir de là. Jouons, pour l'amour de dieu. Jouons.
C'est ça [quelques bonnes cartes ajoutaient maintenant au regain de bonne humeur du pape] jouons...holy crap, trois heures c'est trois heures et je dormirai quand je srais mort.

 

Rudolf Vert

Voici lentement venir Rudolph Vert, dit Rudy, Rudy Vert, trentenaire mélancolique à grand chapeau, dont la plainte favorite et répétée, qu'il a fait graver au dessus de sa porte est : 'il a plu sur mes gaufrettes.'

 

miss Merli

et miss Merli
qui dit merci

qui redit merci

mille fois    mille fois      merci

merci merci merci          merci

mille fois miss Merli

redit merci

mille merci     redit Merli

 

le docteur von Libido

Le docteur von Libido s'était trompé de pied en descendant du train rapide.
Le docteur von Libido était de cette sorte d'individus qui, dès lors qu'une alternative leur advient en confondent à tout jamais les deux termes. Soit, pour l'anecdote ferroviaire qui nous occupe : descendre du train en marche, avant donc l'arrêt complet du train, et alors quel pied faut-il engager, près-du-quai ou près-du-train ? Le docteur von Libido n'était pas un idéologue et pas plus un extrémiste : on comprend qu'il avait écarté dès ses premières études la position dite 'dos-à-la-loco' dont le simple énoncé lui avait semblé porter bien des périls. Doué d'un esprit pratique et d'un très sûr instinct théorique il n'avait jamais évolué que 'dans le sens du quai', simple affaire de bon sens ajoutait-il avec amusement.
Bien sûr, le docteur von Libido restait ferme quant à la nécessité première de la chose : jamais il ne permettait de discuter : il faut descendre en marche, on n'y coupe pas, affaire de désinvolture affichée, de nonchalence montrée et de vitesse en toute chose, hop hop un dandy ne traîne pas et il est hors de question de piétiner avec la foule des banlieusards en bas de ce satané escalier mécanique. On voit par là que les choix esthétiques du docteur le portaient tout entier vers la vivacité.
Oui mais pied-du-quai ou pied-du-train ? Fallait essayer. Oui mais cette nécessaire expérimentation était rendue dangereuse par le défaut qui affectait le docteur von Libido, le défaut que l'on signalait au début. Oui mais il oubliait les résultats précédents, ce qui lui était arrivé la fois d'avant, quand il avait choisi pied-du-train, et avait-il d'ailleurs choisi pied-du-train, en était-il bien sûr ? les préparatifs étaient inutiles et la confusion s'emparait de son esprit au moment de se souvenir, et de choisir. Chaque descente de train était un recommencement, un grand saut cognitif, une donnée nouvelle de l'expérience ; à la fin, le docteur von Libido ne savait plus : il se résignait (les dandy sont ainsi fatalitaires) et rajustait son chapeau, et sautait.
Thhhoc lui répondait le réverbère.