notations et relevés

notes (et une proposition) à propos de TO SASHAY

pour Leigh Sauerwein

Nous sommes très amateurs à la maison d’une série américaine, TREME, musicale et politique, qui relate la dévastation de la Nouvelle Orléans par 1-l’ouragan Katrina qui a submergé la ville en août 2005 et 2-l’incurie malveillante des politiques depuis lors. Le point 2 étant de loin le plus ravageur.
Le générique de la série est structuré autour d’une chanson, dont les premiers mots me sont restés longtemps incompréhensibles. En l’absence de sous-titres, j’ai dû demander des explications à Jenny : ’je comprends pas, on dirait sa-chet, cha-cher- ou quelque chose comme ça.‘Nonon, c’est sashay, a-I-grec, et Jenny se lance dans une danse ondulante et joyeuse, ridicule, agitant bras et poignets, c’est ça, sashay, to sashay, ça frime, c’est bouger comme ça, tu vois, ça bouge...’ Et elle ajoute : ‘J’entends encore ma mère me dire : ‘don’t you sashay in here, young lady, acting like your homework’s done’. Et effectivement la chanson qui ouvre TREME est illustrée d’une séquence de fanfare, de défilés qui mêlent d’étranges démarches dansées et glissées, et fières.
Après enquête, tous les dictionnaires de la maison donnent en effet : ‘to sashay, se trémousser (South USA)’, ou bien : ‘to move sideways or to walk with a lofty proud gait in a showy manner.’ Ou encore : ‘to strut or flounce in a showy manner, to glide, move or proceed easily or nonchalantly.’ Pas de doute, ça frime : to sashay c’est souple et glissé, ça chaloupe en somme, mais avec une pointe d’arrogance. Mais attention : une démarche chaloupée, c’est ‘rolling gait’ et carrément arrogant, ça devient swagger, tout est dans la nuance, comme on voit, dans la pointe, musicale et dansée, de fierté et d’élégance.
Mais on ne trouve rien dans les dictionnaires américains d’argot, to sashay semblant d’un niveau ‘local’ de langage. Notons que BelleMaman était de Saint-Louis et qu’elle devait tenir ce sashay de ses parents venus du Kentucky. Tous dictionnaires donnant par ailleurs une provenance du français ‘chassé’, terme de danse. Le Webster précise même : ‘metathetic of chassé’, la métathèse étant justement cette permutation de consonne.
American Language de HL Menken détaille plus avant ce genre d’emprunt au français et range sashay avec butte, cache, picayune, chute, coulee, crevasse, depot et shantry, dans les ‘large number of French or pseudo French loans that survive in the speech of the lower Mississippi region but are seldom heard elsewhere’, le plus souvent d’origine géographique, et installés dans la langue au début du XIXeme, et adoptés après la cession de la Louisiane.
Le Menken fait référence au DAE, Dictionnary of American English on Historical Principles, ouvrage des années 30-40 suivant lequel : ‘to sashay (1836) , from the French chasser is defined by the DAE as ‘to glide or move around, to go aroud, to go.’
[Pour la partie française, le Grand Robert traite de : ‘chassé’ : danse, escrime, boxe et développe ‘chassé-croisé’ et ‘chassez-huit’, dont on apprend, dans le Littré, qu’il est impérativement à l’impératif, d’où le Z. Dans Les disparus du Littré, ce dictionnaire dédié aux tueurs de mots, ces Cinoc héritiers de Perec, on liste heureusement de très nombreux termes techniques composés sur ‘chasse’, utiles à l’artisan du passé, y-inclus les mêmes termes de danse. Donc : désuet. Vivant seulement à la Nouvelle Orléans (please pronounce NO:RLANzz et pas NIOU ORLINZZ à la yankee et les nuances ici)]

On comprend alors que le générique de Treme, en attaquant par ce sashay historique indique bien ce qui fait le bonheur de la Nouvelle Orléans : sa profondeur historique, cuisine, langue, musique, que la ville a offert au reste du pays, que Katrina a dévasté, et que l’Amérique laisse pourrir, peut-être parce qu’elle n’a jamais vraiment compris ce qui se passe là-bas en bas. Une affaire de style. De maintien, dans tous les sens du terme, allure-raideur-souci-de-soi, certes, mais aussi dans le sens de ‘je maintiendrai’ devise royale.

Alors, je voudrais profiter de cette courte étude pour proposer la création de ‘sasheyer’, verbe du premier groupe, qu’on conjugerait sur le modèle d’essayer, c’est le plus simple. Un verbe en _ayer, avec petite alternative plaisante dans les terminaisons en 'e' muet : elle sasheye, ou elle sashaie...On reprendrait le mot et l’idée et on dirait donc, pour décrire une démarche dansante : ‘elle sasheyait en sortant du boulot...’ rien ne s’y oppose, désignant une manière de marcher, souple et glissante, musicale à tout le moins.

 

ce qu'on

quand on voit
ce qu'on




voit



quand on voit
ce que voit
ce qu'on



voit




on voit
ce qu'on




voit



mais on sait plus quand